María Félix,
la grande égérie du style reptile selon Cartier
« On admirait ma beauté et mon intelligence, je n’étais qu’une femme avec un cœur d’homme. Une guerrière. » María Félix
Grande cliente Maison, personnage de légende et de cinéma dont le noir et blanc confirme la beauté sauvage, elle sera celle dont les apparitions enflamment les cœurs et l’imagination. Regard de braise, crinière de jais, bouche carminée, mains à l’infini, elle fait tout passionnément. Héroïne de l’amour, elle est à 28 ans la plus célèbre actrice latino-américaine du monde.
L’entrée en scène de la star en Cartier
Jack Pallance, Curd Jurgens, Gérard Philippe, Yves Montand, Jean Gabin… elle jouera avec les plus grands, de Renoir à Bunuel, comme elle joue dans la vie. Séductrice animale dont l’exotisme brûlant conquiert le Mexique, l’Argentine puis Paris, ses poètes, ses peintres, qui font d’elle, comme Jean Cocteau et Léonor Fini, l’égérie de leurs toiles. Parisienne sans rivale dont les apparitions sur les champs de courses font la une des magazines, pour l’allure, l’attitude, les bottes de couleur, les capelines démesurées, les robes de soie imprimée et les bijoux, Cartier évidemment. Bracelets, colliers, créoles, ces célèbres boucles d’oreilles, somptueuses coques d’or et de corail créées à sa demande par Jeanne Toussaint, tout exprès pour elle. Belles, légères, confortables et volumineuses, c’est ainsi qu’elle les voulaient, obligeant Cartier à imaginer un système d’attache original à l’intérieur même de l’oreille. Entre elle et Cartier, une amitié est née.
Masculin féminin, le style Cartier à la mesure des rêves d’une diva
María Félix transcende et théâtralise sa vie et trouve en effet en Cartier plus qu’un écho, une réponse, un style masculin-féminin fait de rigueur graphique et de démesure joaillière à la mesure de son caractère trempé. Comme la milliardaire Barbara Hutton ou la duchesse de Windsor, ces autres grandes clientes de Cartier, femmes panthère Maison, María Félix se veut maître de son destin : « On admirait ma beauté et mon intelligence, je n’étais qu’une femme avec un cœur d’homme. Une guerrière. » Cette force, cette sensualité conditionnent son affection pour Cartier dont le trait s’exerce avec la même puissance. Elle lui sera toujours fidèle et le succès sera au rendez-vous.
Alliance artistique hors norme qui donne notamment naissance en 1968 à l’inouï lorsqu’elle reçoit des mains du joaillier son collier serpent aujourd’hui classé œuvre d’art. Il est totalement articulé, succession d’écailles de diamants, d’émail rouge, vert et noir monté sur platine, qui luisent de présence et de réalisme et qu’il faudra près de deux ans aux ateliers du joaillier pour achever. Une folie qui lui sera livrée au Mexique par son ami André Denet, alors directeur de la rue de la Paix, le jour de son anniversaire. Souple, mobile, il doit son incroyable fluidité à la miniaturisation d’une cheville dont Cartier emprunte alors le système à l’aéronautique.
La postérité pour avenir
Des bijoux spectaculaires à l’image de cette icône moitié indienne, moitié espagnole dont l’intérieur baroque flambloyant autorise tous les excès comme les robinetteries à tête de cygne de sa salle de bains jusqu’à l’incroyable de son pèse-personne en or, un caprice dont elle aurait confié, là encore, la matérialisation à Cartier. Le sur mesure dans ce qu’il a de plus anti-conformiste, détournement d’objet du quotidien qui accède soudainement au rang de très précieux. Complice, Cartier revendique ces fantastiques bijoux de diva, au point, des années plus tard, de s’en porter acquéreur afin qu’ils rejoignent la Collection Cartier. Pièces maîtresses de son patrimoine, au même titre que les bracelets de cristal de Gloria Swanson ou les tigres de Barbara Hutton, ils figurent désormais au premier rang d’une collection historique amenée à faire le tour du monde des plus grands musées. C’est en 1999 au Muséo del Palacio de Bellas Artes au Mexique que María Félix, invitée d’honneur de l’exposition “Resplendor del tiempo” assistera, émue, à la mise en scène spectaculaire de ses animaux. Dans le sillage d’une duchesse de Windsor ou d’une Daisy Fellowes, d’une Elisabeth Taylor ou d’une Jacqueline Delubac, María Félix s’inscrit ainsi dans la continuité de ces femmes qui inventent leur propre style dont elle confie le sort à Cartier.
Le crocodile, talisman totémique de la belle
« Ses animaux » c’est ainsi qu’elle appelle les fétiches joailliers de son bestiaire dont le crocodile demeure le totem talismanique, reptile sacré en Égypte, symbole de mort et de renaissance pour les Aztèques. Elle le porte autour du cou. Monstre de beauté qu’elle multiplie par deux à la faveur d’un collier extravagant dont elle confie la réalisation à Cartier en 1975. Une œuvre plus vraie que nature, dessinée, sculptée et sertie d’après l’original, bébé crocodile que l’actrice livre en personne dans un bocal à l’attention des ateliers. Prouesse joaillière qui nécessite d’aller au plus vite avant que le modèle ne grandisse. Cartier est à la hauteur, il est le maître du plus grand bestiaire joaillier et donne forme au rêve de María sous les traits saisissants d’une bête à l’affût. Tête, queue, pattes articulées, yeux, tressaillent de vie, de 1023 diamants jonquille pour l’un et de 1066 émeraudes pour l’autre. Elle l’aime et l’affiche comme un manifeste d’exubérance et de liberté à l’extrême limite de l’élégance, vêtue d’une cape rouge et d’un sombrero noir.