~ La scène
     ~ Synopsis
   ~ Style reptile selon Cartier
      ~ Le temps de la répétition
        ~ Découpage
            ~ Instants de
                 métamorphose

  La scène est inouïe, récit irréel mais
 vrai, à la mesure des légendes qui
font rêver.

Il y a en effet comme un grain de folie à
   imaginer, un jour, la célèbre actrice mexicaine
     du nom de María Félix, surgir chez Cartier.
     L’insensé est encore à venir. Il s’agit d’un
      crocodile, petit certes, mais vivant. La star mexicaine
        fait part de son souhait : reproduire pour elle
          l’animal sous la forme d’un collier. Ici, rien n’est
             impossible, le fantasque a ses entrées.

                 L’œuvre verra le jour quelques mois plus
                    tard. Une création plus vraie que nature
                       dessinée, sculptée et sertie d’après
                          l’original et qui nécessitera de
                             la part du joaillier une virtuosité
                                d’autant plus incroyable qu’il
                                faut faire au plus vite avant que
                              le modèle ne grandisse…

                       Histoire merveilleuse, exubérante dont
                      Cartier traduit aujourd’hui l’éternelle
                              modernité à travers l’actualité de
                                    la montre La Doña de Cartier.  

La Doña de Cartier (int. nuit - ombre chinoise - plan moyen) La Doña de Cartier, c’est son nom pour «la» femme,
«la» MONTRE en lettres capitales sur l’affiche d’un succès annoncé.

Scène I - L’entrée en scène - (int. nuit - travelling arrière, vue coulisses) Elle entre en scène, fracassante de
séduction. De l’or au poignet, maillons reptiliens, verre bombé, l’allure sauvage. Montre incendiaire dont les apparitions
font crépiter les flashs, palpiter la caméra.


Scène I - L’entrée en scène

Scène II - Moteur !

Scène III - Minutes d’extravagance

Scène IV - L’hommage


Scène II - Moteur ! - (int. nuit - plan large - détail) Elle bouge et danse sur le bras, avec la souplesse ensorcelante d’un démon de l’amour au fil de son bracelet. On la voit, c’est ce qu’elle veut, provoquer, briller d’audace, de lyrisme, capter les regards, ici, ce soir, à Paris ou Mexico.

Scène III - Minutes d’extravagance - (int. nuit - plan serré) Elle tourne en noir et blanc, aiguilles en forme de glaive, chiffres romains sur l’écran singulier de son cadran blanc. Une forme trapèze au profil subtil, asymétrique, de tête de crocodile, son fétiche qu’elle tatoue sur la peau pour manifester son exubérance. L’animal, comme elle, se déplace en prédateur de lumière.

Scène IV - L’hommage - (int. nuit - plan serré) On songe à María Félix, grande cliente Maison, une actrice au magnétisme fou, moitié indienne, moitié espagnole. Incarnation de la sensualité latine qui joue sa vie comme sur grand écran, imprime la pellicule de son regard de braise, de sa cambrure corsetée. Brûlante créature qui fait aussi son show hors champ, drapée de sensationnel et de Cartier.

Totalement animales ; une femme, une montre qui vont par deux au générique d’un style flamboyant et précieux. L’or jaune donne le ton, rayonne d’un maillon à l’autre, demi-lunes polies, denses, massives aux reflets d’écailles, à suivre dans le sillage d’une star. Montre bijou, montre en mouvement, qui ondule au fil du bras et d’un travelling sensuel. Reptile de feu sauvagement précieux et délié, robe de peau étincelante de présence. La montre La Doña de Cartier triomphe sous l’éclat des sunlights, spectaculaire de démesure et de séduction absolue.

María Félix,
la grande égérie du style reptile selon Cartier


« On admirait ma beauté et mon intelligence, je n’étais qu’une femme avec un cœur d’homme. Une guerrière. » María Félix

Grande cliente Maison, personnage de légende et de cinéma dont le noir et blanc confirme la beauté sauvage, elle sera celle dont les apparitions enflamment les cœurs et l’imagination. Regard de braise, crinière de jais, bouche carminée, mains à l’infini, elle fait tout passionnément. Héroïne de l’amour, elle est à 28 ans la plus célèbre actrice latino-américaine du monde.

L’entrée en scène de la star en Cartier
Jack Pallance, Curd Jurgens, Gérard Philippe, Yves Montand, Jean Gabin… elle jouera avec les plus grands, de Renoir à Bunuel, comme elle joue dans la vie. Séductrice animale dont l’exotisme brûlant conquiert le Mexique, l’Argentine puis Paris, ses poètes, ses peintres, qui font d’elle, comme Jean Cocteau et Léonor Fini, l’égérie de leurs toiles. Parisienne sans rivale dont les apparitions sur les champs de courses font la une des magazines, pour l’allure, l’attitude, les bottes de couleur, les capelines démesurées, les robes de soie imprimée et les bijoux, Cartier évidemment. Bracelets, colliers, créoles, ces célèbres boucles d’oreilles, somptueuses coques d’or et de corail créées à sa demande par Jeanne Toussaint, tout exprès pour elle. Belles, légères, confortables et volumineuses, c’est ainsi qu’elle les voulaient, obligeant Cartier à imaginer un système d’attache original à l’intérieur même de l’oreille. Entre elle et Cartier, une amitié est née.

Masculin féminin, le style Cartier à la mesure des rêves d’une diva
María Félix transcende et théâtralise sa vie et trouve en effet en Cartier plus qu’un écho, une réponse, un style masculin-féminin fait de rigueur graphique et de démesure joaillière à la mesure de son caractère trempé. Comme la milliardaire Barbara Hutton ou la duchesse de Windsor, ces autres grandes clientes de Cartier, femmes panthère Maison, María Félix se veut maître de son destin : « On admirait ma beauté et mon intelligence, je n’étais qu’une femme avec un cœur d’homme. Une guerrière. » Cette force, cette sensualité conditionnent son affection pour Cartier dont le trait s’exerce avec la même puissance. Elle lui sera toujours fidèle et le succès sera au rendez-vous.

Alliance artistique hors norme qui donne notamment naissance en 1968 à l’inouï lorsqu’elle reçoit des mains du joaillier son collier serpent aujourd’hui classé œuvre d’art. Il est totalement articulé, succession d’écailles de diamants, d’émail rouge, vert et noir monté sur platine, qui luisent de présence et de réalisme et qu’il faudra près de deux ans aux ateliers du joaillier pour achever. Une folie qui lui sera livrée au Mexique par son ami André Denet, alors directeur de la rue de la Paix, le jour de son anniversaire. Souple, mobile, il doit son incroyable fluidité à la miniaturisation d’une cheville dont Cartier emprunte alors le système à l’aéronautique.

La postérité pour avenir
Des bijoux spectaculaires à l’image de cette icône moitié indienne, moitié espagnole dont l’intérieur baroque flambloyant autorise tous les excès comme les robinetteries à tête de cygne de sa salle de bains jusqu’à l’incroyable de son pèse-personne en or, un caprice dont elle aurait confié, là encore, la matérialisation à Cartier. Le sur mesure dans ce qu’il a de plus anti-conformiste, détournement d’objet du quotidien qui accède soudainement au rang de très précieux. Complice, Cartier revendique ces fantastiques bijoux de diva, au point, des années plus tard, de s’en porter acquéreur afin qu’ils rejoignent la Collection Cartier. Pièces maîtresses de son patrimoine, au même titre que les bracelets de cristal de Gloria Swanson ou les tigres de Barbara Hutton, ils figurent désormais au premier rang d’une collection historique amenée à faire le tour du monde des plus grands musées. C’est en 1999 au Muséo del Palacio de Bellas Artes au Mexique que María Félix, invitée d’honneur de l’exposition “Resplendor del tiempo” assistera, émue, à la mise en scène spectaculaire de ses animaux. Dans le sillage d’une duchesse de Windsor ou d’une Daisy Fellowes, d’une Elisabeth Taylor ou d’une Jacqueline Delubac, María Félix s’inscrit ainsi dans la continuité de ces femmes qui inventent leur propre style dont elle confie le sort à Cartier.

Le crocodile, talisman totémique de la belle
« Ses animaux » c’est ainsi qu’elle appelle les fétiches joailliers de son bestiaire dont le crocodile demeure le totem talismanique, reptile sacré en Égypte, symbole de mort et de renaissance pour les Aztèques. Elle le porte autour du cou. Monstre de beauté qu’elle multiplie par deux à la faveur d’un collier extravagant dont elle confie la réalisation à Cartier en 1975. Une œuvre plus vraie que nature, dessinée, sculptée et sertie d’après l’original, bébé crocodile que l’actrice livre en personne dans un bocal à l’attention des ateliers. Prouesse joaillière qui nécessite d’aller au plus vite avant que le modèle ne grandisse. Cartier est à la hauteur, il est le maître du plus grand bestiaire joaillier et donne forme au rêve de María sous les traits saisissants d’une bête à l’affût. Tête, queue, pattes articulées, yeux, tressaillent de vie, de 1023 diamants jonquille pour l’un et de 1066 émeraudes pour l’autre. Elle l’aime et l’affiche comme un manifeste d’exubérance et de liberté à l’extrême limite de l’élégance, vêtue d’une cape rouge et d’un sombrero noir.
 

Grand modèle en or gris

Grand modèle en or jaune

Grand modèle en or rose

Grand modèle en or gris et diamants

Grand modèle en or jaune et diamants

Grand modèle en or rose et diamants

Plan rapproché Sous les feux des projecteurs, apparition d’une forme singulière ; un trapèze cerné d’or pour un cadran asymétrique qui tient le rôle principal. L’œil retient la rigueur des deux traits horizontaux, s’attarde sur la rondeur galbée des flancs. D’un côté la géométrie, de l’autre la douceur, une sorte de féminin au masculin. Le verre est plein, dense, bombé, épouse le mouvement, capture la lumière.

Zoom avant Derrière l’écran, l’heure défile en noir et blanc. Scénario graphique et fantasque de chiffres romains qui rapetissent ou s’élargissent au diapason du cadran. Illusion de profondeur, de fuite, de perspective, intrusion du fantastique, la montre La Doña de Cartier capture le regard, mène l’intrigue, flirte avec le mystère.

Zoom arrière L’or jaillit, incendie la rétine, déploie en cadence les maillons reptiliens d’un bracelet qui a le sens du spectacle. La lumière court, rayonne de l’un à l’autre, demi-lunes inversées, polies, massives, articulées aux reflets d’écailles, à suivre.

Travelling Angle droit, angle gauche, quelle que soit l’approche, le profil entre dans le champ à la force du trait. Galbe appuyé d’un cadran cintré, généreux, déployé qui suit le mouvement, remontoir octogonal, maillons d’or crantés saisis sur le vif de leur arête concise, tranchée, intense qui défile à l’infini sans que rien n’interrompe la ligne. Une silhouette en forme, souple et serpentine, animale et totémique, la Doña de Cartier.

María Félix porte son spectaculaire collier « Crocodiles », créé par Cartier en 1975.
  
María Félix porte une paire de boucles d’oreilles « Serpent », créée par Cartier en 1971, sertie d’émail bleue et de deux rubis pour les yeux.
 
Collier « Crocodiles » - Création pour María Félix, Collection Cartier, 1975