Parcours de l’exposition
SECTION I
1775Breguet fait son apprentissage et complète ses études en France à partir de 1762.
En 1775, à vingt-huit ans, il se marie et parvient à s’installer à son compte quai de l’Horloge à Paris. Il n’est cependant reconnu comme maître-horloger qu’en 1784.
L’horloger affirme son style alliant une esthétique simple, une exigence fonctionnelle et une irréprochable qualité d’exécution dans les finitions. A la place des montres ventrues et richement décorées du dernier quart du XVIIIème siècle, Breguet propose des boîtiers plats, des chiffres plus lisibles, des aiguilles rectilignes.
Dès 1783 il équipe ses montres à sonnerie d’une lame de ressort appelée ressort-timbre. Il améliore l’échappement à ancre et perfectionne l’échappement à cylindre en introduisant l’usage du rubis.
En 1786 le gouvernement l’invite à étudier le projet de création d’une manufacture royale d’horlogerie à Paris.
La Breguet n° 92Les années 1771-1780 sont marquées par les essais et la mise au point progressive de la montre « perpétuelle » : les seuls mouvements du corps effectués par le porteur de la montre doivent suffire à remonter une montre, sans avoir besoin d’une clé.
Les premières montres perpétuelles sont acquises par Louis XVI et Marie-Antoinette, le duc d’Orléans et par plusieurs hauts personnages de la Cour de Versailles.
Pour le duc de Praslin, Breguet conçoit vers 1783-1785, une de ses œuvres offrant le plus grand nombre de complications : la montre n° 92, à quantième perpétuel avec phases et âges de la lune, équation du temps et secondes indépendantes.
La « Marie-Antoinette » En 1783, Breguet reçoit la commande d’une montre extraordinaire intégrant toutes les complications et tous les perfectionnements connus à l’époque. Aucune limite n’est imposée et l’or doit remplacer, partout où cela est possible, tout autre métal. Le résultat sera la plus célèbre des montres construite par Breguet, la n° 160 dite « Marie-Antoinette », que la reine ne verra jamais puisque, après de longues interruptions, cette pièce unique ne sera achevée qu’en 1827 ! Les coûts de main-d’œuvre s’élèvent à la somme de 17 000 francs or pour cette réalisation d’une rare complexité nécessitant la collaboration d’une vingtaine de techniciens-horlogers.
Cette montre exceptionnelle, repasse par les ateliers du quai de l’Horloge en 1838, quand le marquis de la Groye – qui dans sa jeunesse avait été page de la reine - la confie pour une révision, sans jamais revenir la chercher. La maison Breguet la garde jusqu’en 1887, année où elle est cédée successivement à des collectionneurs anglais - sir Spencer Brunton, Murray Mark - avant d’intégrer la prestigieuse collection de sir David Salomons au début du XXème siècle. Sa fille, Vera Salomons en hérite en 1925. La montre « Marie-Antoinette » est conservée aujourd’hui dans le L.A. Mayer Memorial Institute for Islamic Art de Jérusalem, auquel Vera Salomons a fait don de la collection d’horlogerie occidentale formée par son père.

Montre turque boîtier face - Breguet n° 1320 - Montre à répétition des quarts à toc faite pour le marché turc

Montre turque boîtier dos

Montre turque dos
Breguet n° 1320 - Montre à répétition des quarts à toc faite pour le marché turc. D. 5,2 cm. Double boîte en or émaillé, cadran en émail à chiffres turcs, aiguilles Breguet en acier bleui, échappement à cylindre de rubis. Vendue à M. Esseid Ali Effendi pour Beykan Sultan le 31 août 1804. Collection Montres Breguet S.A. © Montres Breguet S.A.SECTION II
1789 Pour développer son affaire, Breguet s’associe en 1787 avec Xavier Gide, négociant en horlogerie. A la suite de divers désaccords, cette association est rompue en 1791. À trois reprises, en 1789, en 1790 et 1791, Breguet séjourne en Angleterre, où il retrouve l’horloger John Arnold, avec lequel il s’est lié d’amitié et partage le fruit de ses recherches. Parallèlement, il prospecte de nouveaux débouchés commerciaux et cherche à se faire payer de nombreux clients, dont le Prince de Galles. Informé de la situation politique instable qui règne à Paris, Breguet envisage de s’établir à Londres.
En 1793 Breguet se sait menacé. On lui reproche ses anciens liens avec la Cour et l’aristocratie, et ses idées modérées. Il a alors l’idée de contacter Marat, un ami de jeunesse, pour que ce dernier lui favorise l’obtention d’un passeport en vue de quitter le territoire français et de rentrer en Suisse en toute légalité. Il part au mois d’août 1793 et séjourne successivement à Genève, à Neuchâtel et au Locle.
Il y poursuit ses recherches tout en s’efforçant d’administrer à distance ce qui reste de ses ateliers parisiens.
Son collaborateur Boulanger, resté à Paris, lui adresse chaque semaine un état de la situation. Le 10 octobre 1793, Boulanger annonce à son maître une nouvelle qui jette un émoi considérable dans la profession : l’adoption officielle d’un nouveau calendrier qui remplace le calendrier grégorien. En France, ce calendrier républicain n’aura cependant qu’une existence légale de douze ans. Les horlogers s’y adapteront pour leurs montres affichant le quantième (jour, date, mois). Seules quelques montres ou pendules seront effectivement dotées d’un cadran décimal (une journée divisée en 10 heures de cent minutes).
SECTION III
1795Après la chute de Robespierre, Breguet rentre à Paris en mai 1795. Il réorganise son entreprise et met au point la fabrication de nouveaux modèles, en particulier la montre simple à une aiguille dite « montre de souscription ». Cette montre est lancée à l’aide d’un prospectus publicitaire qui prévoit un versement du quart de la somme lors de la commande.
En juin 1796, Breguet présente sa candidature à l’Académie des Sciences dans la section des arts mécaniques. Mais, son élection échoue au profit d’un rival, Lazare Carnot.
En 1798, Breguet participe à la première Exposition nationale des produits de l’industrie, où il obtient une médaille d’or.
PendulesEn 1796, Breguet conçoit un type nouveau de pendulette de voyage, sous la forme d’une petite cage en bronze doré, vitrée sur quatre faces. Dotée d’un mouvement huit-jours à balancier-spiral, cette pièce, à la différence des anciennes pendulettes à balancier-tige, peut fonctionner en permanence pendant son transport.
Au printemps 1798, le général Bonaparte qui s’apprête à partir pour l’Egypte, est un des premiers acquéreurs de cette pendulette perfectionnée.
Au fil des ans, Joséphine, et toute la famille Bonaparte - Louis, Lucien et Joseph, Caroline et Elisa - multiplient leurs achats chez Breguet.
SECTION IV
1802Grâce au redressement économique opéré sous le Consulat, le niveau annuel des ventes de la maison Breguet ne fait que croître jusqu’en 1803 où il atteint le record de 196 pièces vendues.
Les ventes se maintiennent à un niveau élevé jusqu’en 1810. Durant ces années florissantes de l’Empire, Breguet exporte largement sa production.
Bien que sans titre officiel, il reçoit des commandes de la Cour impériale et de nombreux dignitaires du régime.
En 1802, Breguet obtient une médaille d’or à l’Exposition nationale des produits de l’industrie. En sa qualité de lauréat, il est invité par Bonaparte au grand dîner donné au Palais des Tuileries en l’honneur de tous les industriels primés.
L’exposition de 1806 marque l’apogée de l’Empire : 1422 exposants viennent de toutes les régions d’Europe sur lesquelles Napoléon a étendu son autorité. La cour carrée du Louvre ne suffisant plus, l’événement a lieu sur l’esplanade des Invalides.
En application du règlement, Breguet a simplement droit à un rappel de médaille d'or. Son stand abrite quelques pièces étonnantes comme le « tourbillon », présenté pour la première fois au public, et un métronome musical, réalisé suivant les conseils du compositeur italien Giovanni Paisiello.
SECTION V
1807Dans les premières années du XIXème siècle, les principaux marchés extérieurs de la maison sont l’Angleterre, l’Espagne et la Russie.
L’empereur de Russie, Alexandre Ier, devient un client assidu et donne à la maison Breguet le titre officiel d’Horloger de sa Majesté et de la Marine impériale. Devant l’engouement de la clientèle russe, Breguet crée un établissement en 1808 à Saint-Pétersbourg, la Maison de Russie.
Les difficultés politiques de la fin de l’Empire entravent lourdement les exportations de la maison. Breguet va s’en plaindre directement à l’empereur dès 1811.
Pour compenser les marchés perdus, il doit développer ses ventes vers l’Empire ottoman.
SECTION VI
1814Le retour des Bourbons coïncide pour la maison Breguet avec un redressement spectaculaire de ses affaires.
La clientèle anglaise est nombreuse et prestigieuse : le prince-régent, futur George IV, deux de ses frères le duc d’York et le duc de Cambridge, le général duc Wellington.
La clientèle russe, à l’image du tsar Alexandre Ier, qui a rendu visite à Breguet en 1814, redevient prépondérante.
Pour le marché turc, Breguet adapte son style aux goûts spécifiques de la clientèle : boîte et double boîte richement émaillées à dominantes rouge et or, et chiffres turcs.
Depuis 1811, il a un agent officiel à Istanbul.
Lors de l’exposition de 1819, Breguet, membre du jury, présente une rétrospective de son œuvre.
SECTION VII
1820Louis XVIII manifeste publiquement son estime à Breguet qui reçoit le titre prestigieux d’Horloger de la Marine royale.
De 1815 à 1823, la maison vend 78 pièces qualifiées de montres ou horloges marines. Certaines pièces sont fournies à des détaillants que Breguet a sélectionnés dans les villes portuaires de Bordeaux, Le Havre et Brest.
Breguet publie à Brest en 1817 un livret intitulé Instructions sur l’usage des montres marines exécutées par M. Breguet, mode d’emploi savant et didactique, plein de conseils sur l’utilisation des garde-temps pour la navigation en mer et la vérification de leur bonne marche.
En 1816, Breguet entre enfin à l’Académie des Sciences.
SECTION VIII
1824Après la mort de son fondateur en 1823, la maison est dirigée par Antoine-Louis Breguet pendant une dizaine d’années.
C’est l’époque de la diffusion des montres très plates, des spécimens de grandes complications, des cadrans excentrés et de l’introduction du remontoir sans clé.
En 1833, Antoine-Louis cède la direction de la maison à son fils Louis-Clément.
Tout en maintenant un atelier traditionnel pour la réalisation de pièces uniques, ce dernier décide dès les années 1835-1840 de standardiser la plus grande partie de la production horlogère.
Les ventes dépassent les 350 pièces annuelles à la fin du Second Empire. Elle compte toujours dans sa clientèle les élites européennes. La maison s’est alors diversifiée dans les instruments de physique et les applications de l’électricité.
VITRINE CENTRALE
Le régulateur à tourbillonBreguet dépose un brevet d’invention pour le régulateur à tourbillon le 26 juin 1801 pour une durée de dix ans. Ce dispositif, par sa rotation constante, annule les effets de la gravité terrestre et compense les erreurs et les fluctuations de fonctionnement provoquées par les mouvements et les changements de position des montres.
Simple dans son principe mais de réalisation très complexe, le premier tourbillon n’est commercialisé qu’à partir de 1805. L’année suivante Breguet le présente à l’Exposition nationale des produits de l’industrie et obtient un rappel de médaille d’or. Cette invention indissociable du nom de son inventeur ne sera vendue qu’à 35 exemplaires de 1805 à 1823.
L’échappement à force constante Le premier brevet d’invention pris par Breguet le 9 mars 1798 est celui de l’échappement à force constante.
Le principe de base de cette invention consiste à échanger la force motrice qui anime le mouvement d’une montre, et dont l’action peut être irrégulière, contre une autre force rigoureusement constante. Avec cette solution, on utilise la force variable du rouage pour remonter un ressort ou un poids qui donnera une impulsion constante directement à l’organe vibrant.
Remarquable par sa conception, mais très délicat à mettre en œuvre, l’échappement à force constante ne sera utilisé par Breguet que pour de rares pièces de prestige.
Les pendules Breguet s’est aussi intéressé à la création et à la fabrication de pendules de types très variés. Entre 1791 et 1823, la maison en vend près de 230 : pendules en acajou simples ou à sonneries, pendules pyramidales, pendules ornementales enrichies de bronzes dorés ou patinés, pendules de laboratoire, pendules expérimentales, pendulettes de voyage et pendules sympathiques.
Les achats de George IV, roi d’Angleterre Dans les années 1780, Breguet se fait connaître en Angleterre où le prince de Galles compte parmi ses premiers clients et admirateurs.
Breguet se rend plusieurs fois à Londres en 1789, 1790 et 1791 pour obtenir le règlement des achats faits par le prince et décrocher de nouvelles commandes.
Au fil des années, le prince devenu régent reste un des plus fidèles clients de l’horloger. En août 1814, il acquiert deux des pièces les plus emblématiques : le régulateur à tourbillon n° 1252 et la pendule sympathique n° 666 couplée à une montre Breguet n° 721, qui comportent une mécanique extrêmement sophistiquée. En 1818, il achète encore une remarquable « montre à deux mouvements ».
Les montres à remontoir sans clé En 1830 la maison Breguet, sous la direction d’Antoine-Louis, est à l’origine d’une invention que tout néophyte peut apprécier et utiliser facilement : le remontoir sans clé. Un bouton « moleté » fixé dans le pendant, qu’il suffit de faire tourner entre deux doigts, permet à la fois le remontage et la remise à l’heure de la montre.
Ce nouveau dispositif révolutionnaire n’a pas été breveté. Il faudra attendre une dizaine d’années pour que d’autres maisons horlogères l’adoptent à leur tour.
Breguet et Thomire La pendule de cheminée à échappement à force constante dont les figures du Génie et de l’Expérience supportent le balancier est un bel exemple de collaboration, dans les années 1800, entre Breguet et un fabricant de bronzes d’ameublement parisien, de renommée internationale, Pierre-Philippe Thomire.