Comment l’Omega Speedmaster
est devenue la Moonwatch
We choose to go to the Moon
« Nous choisissons d'aller sur la Lune »
La Cote des Montres™ le 21 juillet 2009
Les tests de la NASA
La succession d’événements ayant permis à la Speedmaster Omega de devenir la légendaire Moonwatch – la seule montre-bracelet approuvée par la NASA pour toutes ses missions habitées – a été racontée si souvent qu’il est parfois difficile de faire la part entre le mythe et la réalité.
L’histoire vraie, non enjolivée, est pourtant si remarquable qu’elle mérite de remonter un instant jusqu’aux années 1960 et de relater ici comment la Speedmaster fut initialement sélectionnée, avec quatre autres chronographes, pour être soumise à une batterie de tests impitoyables, comment elle a surclassé les marques concurrentes pour faire partie de chaque mission habitée de la NASA depuis le lancement, le 15 mai 1963, de la capsule Faith 7 (qui faisait partie du programme Mercury) avec, à son bord, l’astronaute Gordon Cooper.

Choisie pour concourir
L’aventure de la Moonwatch commença au début des années 1960, lorsque deux employés de la NASA achetèrent des montres de manière anonyme chez plusieurs détaillants horlogers de Houston ; l’OMEGA Speedmaster fut ainsi acquise chez Corrigan’s qui était à l’époque le meilleur magasin horloger de la ville.
Les hommes de la NASA achetèrent ainsi cinq chronographes de différentes marques dans le but de les tester et de trouver la montre la plus adaptée à être portée dans l’espace.
Alors que le programme spatial Mercury (dont la capsule ne pouvait abriter qu’un seul homme) était dans sa phase finale, la NASA préparait déjà les missions des programmes Gemini (deux hommes) et Apollo (trois hommes).
Parmi leurs nombreuses missions, les astronautes des programmes Gemini et Apollo seront appelés à réaliser les premières sorties dans l’espace. A cet égard, il était impératif de disposer d’une montre-bracelet qui soit capable de supporter les conditions extrêmes régnant dans l’espace et qui fasse partie intégrante de l’équipement d’astronaute.

Pour la petite histoire, avant même d’être le modèle choisi par la NASA, une Speedmaster avait déjà été dans l’espace au poignet de l’astronaute Wally Schirra lors de la mission Mercury 8, le 3 octobre 1962.
Chaque fois qu’un astronaute en sortie dans l’espace tourne son poignet, la montre passe de l’ombre au rayonnement solaire et la température grimpe d’un coup de plus de 100°C. Sur la lune, l’objectif déclaré du président Kennedy et de la NASA, les conditions sont plus difficiles encore : les températures à la surface lunaire oscillent en effet entre -160°C et +120°C.
Une série de tests rigoureux a donc été développée pour déterminer quelle montre était la plus apte à répondre aux défis extrêmes de l’espace.

Les procédures de tests de qualification
Les montres reçues par la NASA furent soumises à une série de tests rigoureux et de procédés de présélection appelés « procédures de tests de qualification ». Voici, brièvement décrites, ces procédures auxquelles les montres furent soumises :
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- Les montres sont remontées juste avant chaque phase de tests.
- La fonction chronographe doit être active durant chaque test et durant les périodes entre deux tests. Le chronographe doit être (ré)enclenché immédiatement avant et après chaque test et, en cas de délai, à des intervalles de deux à six heures entre les tests.
- Le contrôle de la précision horaire de la montre doit être effectué avant et après chaque test à des intervalles d’une heure durant les tests (lorsque possible) et à des intervalles de deux à six heures entre les tests en cas de délai. Au début de chaque période de contrôle de la précision horaire, le chronographe doit être enclenché et les données suivantes notées :
- Identification de la montre
- Temps réel (heures, minutes, secondes)
- Temps indiqué par la montre testée (heures, minutes, secondes)
Lorsque le contrôle de précision est effectué durant une période de tests, la fonction chronographe ne doit pas être arrêtée et les points suivants doivent être notés :- Identification de la montre
- Temps réel (heures, minutes, secondes)
- Temps indiqué par la montre testée (heures, minutes, secondes)
- Temps écoulé tel qu’indiqué par le chronographe (heures, minutes, secondes)
- Identification de la montre
- Lors de chaque contrôle de précision, le boîtier, le verre, le cadran, le bracelet, les poussoirs ainsi que l’éventuelle présence d’humidité sous le verre doivent être vérifiés. Tout dommage doit être noté.
- Une montre doit être retirée du test si l’un des problèmes suivants est relevé :
- Défaut total de fonctionnement de la montre avec incapacité de remise en route
- Défaut total de fonctionnement du chronographe avec incapacité de remise en route
- Deux défauts de fonctionnement de la montre quelque soit leur nature, même si la capacité de remise en route est établie
- Verre fendu ou brisé
- Tige du remontoir ou poussoirs du chronographe cassés.
- Défaut total de fonctionnement de la montre avec incapacité de remise en route
Sur les six chronographes sélectionnés, trois furent éliminés durant une première série de tests, et sur les trois montres restantes, seule l’OMEGA Speedmaster répondit pleinement aux standards particulièrement élevés fixés par la NASA. Plus de quarante ans plus tard, l’OMEGA Speedmaster fait encore partie de toutes les missions spatiales habitées de la NASA et demeure encore et toujours la seule montre à avoir été portée sur la lune.

Puis il n’en resta plus que trois…
Seules trois montres sur les six chronographes testés survécurent aux exigences de cette phase de présélection. Les finalistes furent ensuite soumises à 11 tests qui constituèrent les épreuves les plus rigoureuses jamais endurées par des garde-temps dans l’histoire de l’horlogerie.
Le 29 septembre 1964, la NASA commanda « pour test et évaluation » deux Speedmaster au prix unitaire de US$ 82.50 (selon le cours du change du jour) ; en Suisse, ces montres étaient alors proposées dans les magasins horlogers au prix de CHF 415. La NASA avait en outre stipulé que ces montres devraient êtres livrées au plus tard le 21 octobre 1964.

1. Hautes températures
48 heures à la température de 71°C (160°F) suivies de 30 minutes à 93°C (200°F) – ceci à une pressure de 5,5 psia (0,35 atm) et à une humidité relative n’excédant pas 15%.
2. Basses températures
Quatre heures à la température de -18°C (0°F).
3. Température - Pression
Pression maximale en chambre de pression de 1.47 x 10-5 psia (10-6 atm) et température élevée à 71°C (160°F). La température doit être ensuite descendue à -18°C (0°F) en 45 minutes puis élevée à nouveau à 71°C (160°F) en 45 minutes. Quinze autres cycles doivent être accomplis.
4. Humidité relative
Une durée totale de 240 heures à des températures variant entre 20°C et 71°C (68°F et 160°F) avec une humidité relative minimale de 95%. La vapeur utilisée doit avoir un pH entre 6,5 et 7,5.

5. Atmosphère saturée en oxygène
L’objet à tester doit être placé dans une atmosphère constituée à 100% d’oxygène à une pression de 5,5 psia (0,35 atm) pendant 48 heures. Toute performance en dehors des spécifications ou des tolérances, des traces visibles de brûlures, la création de gaz toxiques, des mauvaises odeurs ou la détérioration des joints ou des lubrifiants constituent un échec au test. La température ambiante doit être maintenue à 71°C (160°F).
6. Chocs
Six chocs de 40 G dans six directions différentes. Durée de chaque choc : 11 millisecondes.
7. Accélération
L’équipement doit subir une accélération linéaire de 1 G à 7,25 G en 333 secondes le long d’un axe parallèle à l’axe longitudinal du vaisseau spatial.
8. Décompression
Quatre-vingt-dix minutes dans un vide poussé à 1,47 x 10-5 (10-6 atm) et à une température de 71°C (160°F) et 30 minutes à 93°C (200°F).
9. Hautes pressions
L’équipement doit être soumis à une pression de 23,5 psia (1,6 atm) durant une période minimale d’une heure.
10. Vibrations
Trois cycles (latéral, horizontal, vertical) de 30 minutes, la fréquence variant de 5 à 2000 cps puis retour à 5 cps en 15 minutes. L’accélération moyenne par impulsion doit être d’au moins 8,8 G.
11. Nuisances acoustiques
130 db sur une échelle de fréquences de 40 à 10’000 Hz. Durée : 30 minutes.

Les résultats
Les tests furent achevés le 1er mars 1965. Parmi les trois chronographes de marques différentes encore en lice, une marque avait échoué à deux reprises au test portant sur l’humidité relative puis cessa totalement de fonctionner lors du test de résistance à la chaleur : la large aiguille des secondes s’était pliée et enroulée autour des autres aiguilles.
Le verre du chronographe de la deuxième marque s’était déformé et détaché du boîtier durant le test à la chaleur. Ce même malencontreux incident survint avec le deuxième modèle de cette marque durant le test de décompression.
Seule l’OMEGA Speedmaster passa tous les tests avec succès. A l’époque, les expérimentateurs de la NASA écrivirent : « Les tests opérationnels et environnementaux portant sur les trois chronographes sélectionnés sont terminés. Suite à ces tests, les chronographes OMEGA ont été calibrés et distribués aux trois membres de l’équipage GT-3 (Gemini Titan III) ».

Cette annonce sobre et réservée était de fait l’ordonnance officielle stipulant qu’à partir de ce jour, l’OMEGA Speedmaster était la seule montre approuvée pour tous les vols spatiaux habités de la NASA et participerait pleinement à l’héritage d’OMEGA. Tout aussi significatif, un communiqué de la NASA daté du 1er mars 1965 signalait que « … les astronautes montrent une préférence unanime pour le chronographe OMEGA par rapport aux deux autres marques à cause de sa plus grande précision, de sa meilleure fiabilité et de sa facilité d’opération ».
Petite note ironique : OMEGA n’apprit l’aventure spatiale de la Speedmaster qu’après publication d’une photographie montrant Ed White durant la première sortie dans l’espace d’un astronaute américain en juin 1966, lors de la mission Gemini 4.
Source : Documentation et correspondance de la NASA, 1961 – 1965.




























