Une fondation contre l’oubli

Alain-Michel Boyer, Stéphane Martin
| « Chaque homme est notre double, portant un masque dissimulant cette fraternité. Connaître l’humanité, c’est apprendre à mieux nous connaître nous-mêmes. » |
Cette vérité doit nous hanter. Comment nous, hommes de l’écriture, armés pour conserver le patrimoine de l’humanité, pouvons-nous assister impassibles à l’extinction, à la disparition de mythes aussi riches que le furent ceux de la Grèce ?
Force est de constater que l’immense mouvement des recherches ethnologiques entreprises au XXe siècle s’est surtout focalisé sur les peuples les plus « visibles », ceux qui fourmillaient de richesses culturelles : masques, sculptures, sociétés initiatiques, mythes d’origine complexes, etc. Or il est apparu qu’il existe, parfois à proximité immédiate d’une ville où les anthropologues se rendent fréquemment, de tous petits groupes possédant une forte identité individuelle, et qui restent ignorés.

Ulrich Lehner, Juan-Carlos Torres
Au cours de ses trente-trois ans d’existence, le musée Barbier-Mueller a trouvé le temps, et les enquêteurs qualifiés pour en étudier quelques-uns. Néanmoins, rapidement, il s’est avéré que cette activité annexe ne pouvait pas, ne devait pas être poursuivie sur une plus grande échelle par une institution ayant pour principal objectif de faire connaître les qualités plastiques des oeuvres élaborées dans le contexte magico-religieux des « peuples sans écriture ». En effet, nombre de ces petits groupes isolés n’ont aucun objet de culte, aucun masque, aucun « fétiche ». Ils n’ont pour eux qu’une étonnante organisation socio-politique, des cultes complexes fondés sur des statues en terre crue, périssables, des préoccupations religieuses aniconiques, bref ! Rien qui puisse être exposé dans un musée, ou peu de choses.
J’espère que cette Fondation, créée avec l’appui de Vacheron Constantin, une entreprise horlogère deux fois centenaire, dont les dirigeants partagent mes préoccupations, sera aussi soutenue par de nombreux bienfaiteurs et que ses activités pourront rapidement se développer. Et qu’aucun être humain, aucune religion, aucune culture, si petite soit-elle, ne disparaîtra sans avoir laissé une trace claire.
Jean Paul Barbier-Mueller
Président du Conseil de Fondation

Le musée Musée Barbier-Mueller - Arts Primitifs
Un devoir : la transmission du savoir
Depuis 1755, jamais Vacheron Constantin n’a dérogé au respect de ses cinq valeurs qui sont la recherche de l’excellence, la créativité, la transmission du savoir-faire mais aussi la préservation des différences culturelles et l’ouverture sur le monde. Si notre Manufacture constitue elle-même un héritage qui se perpétue, elle s’affirme également comme une institution culturelle et sociale à part entière. Elle s’engage à construire des actions d’intérêt général, légitimes et utiles.
Légitime car notre maison transmet, à travers des générations d’horlogers, les gestes et les connaissances de l’art horloger. Ceci est le socle inaltérable sur lequel repose notre présent et garantit notre avenir.
Utile car notre démarche institutionnelle entend marquer, par une action culturelle, notre attachement à cette richesse humaine aussi diverse et lointaine soit-elle.
En soutenant la Fondation culturelle du Musée Barbier-Mueller, nous concrétisons ces valeurs.
Vacheron Constantin collabore depuis plusieurs années avec le Musée Barbier-Mueller de Genève dans un esprit qui nous rapproche constamment des sources de l’humanité. Nous ressentons une solidarité avec tout être humain, qui à travers les âges, a su préserver et perpétuer ses propres traditions.
Nous espérons que notre démarche ouvrira la voie à d’autres, institutions et personnes, partageant le même idéal.
Juan-Carlos Torres
Directeur Général de Vacheron Constantin
Vice-président du Conseil de Fondation
Pour témoigner des peuples oubliés
Un sujet préoccupant : la disparition de cultures restées méconnues. Les groupes ethniques les plus importants ont été sérieusement étudiés par les anthropologues à une date précoce. En revanche, de petites populations formant quelques villages ont été négligées. L’humanité se voit ainsi privée d’informations sur le mode de vie, la culture matérielle, la connaissance de
la nature et des méthodes permettant aux peuples « racines » de survivre, alors même que leurs croyances religieuses sont souvent en voie de disparition.
EngagementsLes buts poursuivis sont strictement scientifiques, non lucratifs.Il s’agit de soutenir, au niveau international, des missions d’observations anthropologiques, des publications et des conférences entièrement financées par la Fondation.
Etudes sur le terrainLa Fondation se fonde sur l’avis de spécialistes qualifiés pour l’identification de « peuples oubliés ». Les enquêtes sont confiées à un ethnologue ou à un étudiant désireux de choisir un sujet de thèse de doctorat peu commun (sur recommandation d’un professeur d’université).
Le chercheur effectuera un premier séjour d’un mois environ pour se familiariser avec le peuple considéré. Il disposera ensuite de quelques mois pour préparer son second séjour qui devrait durer entre deux et trois mois. Il bénéficiera d’un délai d’un an pour présenter le résultat de ses recherches en vue de la publication d’un petit ouvrage.
L’enquêteur a toute liberté de se servir de ces travaux pour présenter une thèse de doctorat.
Un très grand nombre de populations disséminées à travers le monde n’ont jamais été fréquentées par des ethnologues, anthropologues ou historiens qualifiés. La Fondation envisage par exemple de s’intéresser aux groupes pratiquant le chamanisme en Sibérie, ou à des peuples non-chinois, vivant à l’extrême sud de la Chine, ou encore à des petites populations de l’État d’Orissa en Inde...
DéontologieLes contrats des enquêteurs contiendront une clause d’interdiction d’acquérir, ou même de recevoir en don des artefacts de la part des populations étudiées.
Partage des données collectéesLes informations récoltées seront mises à la disposition des administrations culturelles des pays concernés.
PublicationsLes informations, les photographies et les dessins collectés seront publiés après chaque enquête.
Les volumes, de petit format, formeront une « série ».
Ces ouvrages seront coédités avec les Editions Hazan (Groupe Hachette) spécialisées dans l’édition d’ouvrages didactiques et scientifiques.
ConférencesLes chercheurs donneront chacun une dizaine de conférences réparties sur une durée d’environ deux ans, dans les auditoriums des plus grands musées et universités du monde. Ces conférences suivies de débats s’accompagneront de la projection de photos prises par le chercheur au cours de ses voyages, voire de films.
| « Je suis un homme. Rien de ce qui concerne l’homme ne peut m’être étranger. » |
| Térence |
Décisions prises en collaboration avec le comité scientifique :
- Programme annuel de recherches,
- Sélection des candidats pour les enquêtes sur le terrain (doctorants ou ethnologues confirmés),
- Supervision de la publication des travaux effectués.
Organisation
Conseil de fondationPrésident : Jean Paul Barbier-Mueller,président des musées Barbier-Mueller Genève, Barcelone, Le Cap.
Vice-président : Juan-Carlos Torres, directeur général de Vacheron Constantin.
Secrétaire et directrice : Laurence Mattet, directrice générale des musées Barbier-Mueller Genève, Barcelone, Le Cap.
Yann Arthus-Bertrand, photographe, réalisateur, académicien des Beaux-Arts, Président de la Fondation GoodPlanet.
Caroline Barbier-Mueller, conseil en communication.
Arnaud d’Hauterives, membre de l’Institut de France, secrétaire perpétuel de l’Académie des Beaux-Arts.
Ousmane Sow, sculpteur.
Le Conseil de Fondation est actuellement en cours de formation.
Comité scientifique Président : Stéphane Martin, président du musée du quai Branly, Paris (France).
Marla C. Berns, directrice du Fowler Museum, UCLA (poste bénéficiant du mécénat de Shirley and Ralph Shapiro) & Adjunct Assistant Professor of Art History, University of California, Los Angeles (USA).
Suzanne Preston Blier, professeur d’art africain à Harvard University, Allen Whitehill Clowes, professeur de beaux-arts et professeur d’African and African-American Studies, Cambridge, MA (USA).
Daniela Bognolo, chercheur associée au CEMAf –Centre d’études des mondes africains- (CNRS/Université Paris 1/EPHE/ Université de Provence), ex- professeur de beaux-arts à Milan (Italie).
Anne-Marie Bouttiaux, conservatrice en chef de la section d’ethnographie du Musée royal de l’Afrique centrale, Tervuren (Belgique).
Alain-Michel Boyer, directeur de recherche, membre du conseil national des universités à Paris et professeur d’art africain à l’université de Nantes (France).
Lorenz Homberger, directeur adjoint et conservateur du département des arts africains au musée Rietberg, Zurich (Suisse).
Steven Hooper, professeur d’arts visuels et directeur du Sainsbury Research Unit for the Arts of Africa, Oceania & the Americas, University of East Anglia, Norwich (Grande-Bretagne).
Jonathan King, Keeper, responsable du Department of Africa, Oceania and the Americas, with the Centre for Anthropology, The British Museum, Londres (Grande Bretagne).
Robyn Maxwell, conservatrice en chef du département Asie, National Gallery of Australia, Canberra (Australie).
Cäsar Menz, directeur honoraire des musées d’art et d’histoire de Genève (Suisse).
Philippe Peltier, conservateur en chef, responsable de l’unité patrimoniale Océanie-Insulinde, musée du quai Branly, Paris (France).
Klaus Schneider, directeur, Rautenstrauch-Joest-Museum - Kulturen der Welt, Cologne (Allemagne).
Boris Wastiau, directeur du MEG, Musée d’Ethnographie de Genève (Suisse).